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Jeudi 9 novembre 2006 4 09 /11 /Nov /2006 14:54

2/11/2006

Ces 3 derniers jours j'ai fait 7 écoles. Sous le soleil souvent. Dans la poussiere toujours. Si on ajoute les 4 que je fis voilà 15 jours dans la même région ca nous en fait 11, plus de 4000 enfants. Ca donne une bonne image de la Belgique ce genre d'activités....

04/11/2006

Pélerinage dans le hameau de Namo Bouddha. Tout en haut d'une colline. Pélerinage bouddhiste. Il y a un tres vieux monastère la haut. Ici tout le monde est bouddhiste et hindouiste. Et animiste. Sectarisme inconnu. On honore toutes les divinités. Toutes les divinités sont honorables. Et puissantes. Et aimables. Et redoutables. Et divines....Tout le monde y va, tout le pays en marche vers Namo Bouddha.

Au pied de la colline sacrée, le long de la rivière, un petit temple dedié a Shiva. Permières bénédictions, premières offrandes, premiers attroupements. Shiva les pieds dans l'eau, le Bouddha la tête dans les nuages. Sitot Shiva révéré commence l'escalade. Via un sentier de chèvres. Foules d'Asie. Toutes les écoles en sont. Ca doit faire partie du programme scolaire. Les floppées de gamins me reconnaissent. On grimpe ensemble. A peine un km franchi, tous me dépassent. Tout au long du chemin, dans la forêt, des buissons de canabis poussent drus. A peine ai-je dejeuné ce matin. Pour tromper ma faim je ceuille et je mastique. Délicieux. Un subtil arrière goût poivré. La sève odorante me colle aux doigts. Moins d'une heure après, à mi-pente, perdu dans la foule je deviens chamois. Une vague d'allégresse m'envahit. Je ratrappe tous ceux qui m'ont laissé derrière eux et je les double. La médecine par les plantes je ne vous dis que ça. Lorsque j'atteinds Namo Bouddha je comprends et parle courament nepali. Par contre mon francais s'est evaporé.

A Namo Bouddha c'est du délire. Une heure pour couvrir 150 mètres. Encore une heure pour pénétrer dans le monastère. La fumée d'encens est si dense qu'il faudrait une tronçonneuse pour la decouper.

Vers midi j'entame la redescente. Mais impossible, la foule est trop dense et ils continuent d'affluer sans relache. Je n'atteindrai la rivière tout en bas qu'à trois heures. De là encore 5 km pour réintegrer le village. Quelques bus ruinés font la navette. Ils sont pris d'assaut. Je me fraye un passage jusque sur le toit de l'un d'eux. On est bien 50 la haut. Le bus bringueballe sur le chemin. Il tangue comme une coquille de noix sur la mer demontée. Il penche à droite, il va verser, on pousse des cris sauvages. Il se redresse et penche à gauche. Ca crie de plus belle. Par 3 fois des cables électriques pendouilleront par dessus le chemin. Pour n'être point décapité on s'applatit sur le toit. Les têtes s'entrechoquent, les pieds du voisin dans le nez, on se marre. On va probablement mourrir mais c'est ça qui est drôle. Alors on rit et on chante, enfin ils chantent, moi je ris. On est une bande de hooligans pacifiques et joyeux. On revient de Namo Bouddha nimbé dans la lumière du Bouddha, on est protégé pour des siècles, plus rien ne peut nous arriver à part mourrir evidement, mais ça c'est la vie.....

Par Sylvain sluys - Publié dans : allumeurdetoiles
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Mercredi 8 novembre 2006 3 08 /11 /Nov /2006 08:46

Octobre 2006

Tous les gamins -surtout les petits- on les appelle babou. Toutes les filles c'est didi. Entre elles aussi. A tout bout de champs on les entend qui s'appellent : didi, didi, oh, didi...

Autre orphelinat. A 10 km de Katmandu. Dans les champs. Au pied des collines. Une belle maison. Tenue par une didi rayonnante. Comme il y en a tant. Elle a 8 enfants. Elle a adopte les 67 autres qui vivent ici.

Elle m'explique en 3 mots d'approximatif anglais : il y a quelques années on était tres pauvres. Elle me montre des photos jaunies : elle parmi les gosses en haillons dans des huttes en plastique. Maintenant on a un sponsor grâce a Said Baba, on a une maison, les enfants vont tous a l'école...Beni soit Said Baba.

Une fois de plus sur mon chemin l'ombre immense de Said Baba, saint, guru et escroc. Mais escroc selon notre point de vue, ici il est saint, guru et dieu...

Une pièce du rez de chaussee est dévolue à son culte. Photos grandeur nature, une statue le représentant, des fleurs et de l'encens. Et un miracle. Un VRAI miracle : sur les photos pousse de la cendre soyeuse qui tombe en doux flocons. Elle est receuillie pieusement. Et vendue aux dévots de Said Baba. Ainsi est payée la scolarite des enfants.

Je me précipite dans la pièce sainte voir ça de plus près, indécrotable sceptique que je suis, et en effet Said Baba est là, accroché à tous les murs et couvert de duvet. A tel point qu'on ne le voit presque plus. Il disparaît sous son duvet. Si on ne m'avait dit que c'etait lui je l'eus pris pour le Yéti.

Puis on monte tous sur le toit. Le spectacle aura lieu là. Le soleil décline déjà. La lumière est douce ainsi que l'air. Les enfants sont assis. Moi je suis au moins David Copperfield à defaut d'être Said Baba. Pour les enfants tout au moins. Et c'est parti. Ils rient, ils se donnent des coups de coudes, ils ont un peu peur, surtout les grands, les petits rient et rerient. Sur les toits de toutes les maisons aux alentours surgissent des grappes de gens. Beaucoup de didis en saris. Une barraque en construction sur ma gauche. Plus personne ne construit quoi que ce soit. Ils sont tous juchés sur les échaffaudages en bambou, chacun son marteau, sa truelle, sa pelle a la main. Je vois vibrer l'échaffaudage quand ils rient. Si ça se casse la gueule ça va être de ma faute. Mais ça tient bon et moi de même....

Comment parler de ces spectacles ? Je suis là, ils sont là, je suis pris dans la tourmente que je declenche. On est tous ensemble. Le Temps se distort. Et je termine au moment même ou le soleil disparaît sous les collines. Et c'est la nuit. La grande nuit d'Asie.

Le spectacle est fini, les gamins sont tous autour de moi, la didi est émue aux larmes, elle veut m'offrir quelque chose... Elle se rend dans la chambre sacree, en sort une poignee de cendre au creux de la main. Elle l'égraine sur ma tête déplumee en scandant : Said Baba, Said Baba et d'autres mantras. Puis elle me donne une cassette d'hymnes a la gloire du Baba. " Si on l'écoute tous les jours on ne tombe jamais malade. Toute la vie "

Par Sylvain sluys - Publié dans : allumeurdetoiles
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Mardi 7 novembre 2006 2 07 /11 /Nov /2006 14:36

 

18/10/2006

Ca commence par un jeune Tibétain rencontré le soir autour du stupa. Un mois qu'il est là. Il a fui le Tibet. Le gouvernement tibétain en exil l'a receuilli. En échange de quoi il donne cours. Dans un orphelinat tibétain. Tu viendras y faire un spectacle ? Je ne situe même pas où il se trouve.

Le lendemain j'erre un moment. De ruelle en ruelle. Et me retrouve juste devant. Ecole-orphelinat Tibétain Thashi. J'entre. Je suis reçu par le lama-directeur. Il ressemble à un Bouddha. Ses yeux sont deux fentes. Sourit-il ? Il me regarde. Il regarde à travers moi. Il regarde un point loin derrière moi. Il regarde vers le Tibet. J'explique qui je suis, Magicien sans Frontière, que je donne des spectacles pour les enfants. Gratuits. Dans ce gewnre de lieux. Son regard dégringole des cimes et se fixe sur moi. Il sourit. Quasi sans remuer les lèvres il dit : Il y a dans la cour 150 enfants abandonnés ou orphelins. Tibétains ou des régions de l'Himalaya. Aujourd'hui le Dalai Lama n'est pas venu mais toi tu es là. Si on faisait le spectacle tout de suite ?

Je dis oui. Eus je pu dire non ??? Cinq minutes et les enfants sont assis sur des nattes dans une grande pièce nue. Ils sont silencieux, attentifs, stupéfaits. Les enfants perdus du Tibet et des hauts plateaux. Le lama directeur a reintegré son regard qui traverse les murs. Je regarde ces extraordinaires enfants. Je m'assieds parmi eux. J'ai peur de briser ce silence, peur de me mettre à gesticuler. Je me déplie lentement et me mets debout. Je commence le spectacle. Et ca va durer une heure et demie. Les enfants rient aux eclats et redeviennent silencieux d'un bloc. Re-rires et re-silence. Le lama lui rit tout le temps. C'est un moment très beau, très pur. Simple et exceptionnel. Je suis arrivé à destination. Au centre du monde. Qu'est-ce qu'on fait si le Dalai Lama débarque ?

 01/11/2006

Encore un social worker, un educateur-assistant -social-magouilleur et merveilleux, rencontré par hasard. Semi hasard : je les cherche et ils me cherchent. On finit par se rencontrer. Lui aussi en charge d'un home. A 60 kms de Katmandu. Il vient me chercher à moto. On réédite le plan d'il y a 15 jours : il propose mon spectacle à toutes les écoles à la ronde. 400 enfants en moyenne par école. Une heure et demie de trajet au milieu des collines. Soleil, ciel limpide, 27 degrés, dis donc on est le premier novembre et campagne comme sur les cartes postales. Première école nous y voici. Au milieu de la cour comme tombé du ciel, peut être tombé du ciel, un bloc de ciment. Il sera ma scène. A mes pieds 350 enfants. Derrière la statue de Saraswati déesse de la musique et du savoir. Protectrice des écoles. Derrière les rizières et les collines couvertes de forêts. Et là, au delà des collines, l'Himalaya. Etincellant. D'où je suis je tends le bras et je touche les cimes. Comme le fit Hannuman le singe magique du Ramayana. Et le point qui bouge tout en haut d'un pic ? Qui s'arrête maintenant...Il semble nous regarder...Qui ca ? Le Yeti ????

 

   

Par Sylvain sluys - Publié dans : allumeurdetoiles
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Jeudi 26 octobre 2006 4 26 /10 /Oct /2006 14:33

20 octobre 2006

Matinée sublime : soleil, lumière, air transparent, 28 degrés. Après midi arrive l'orage. Pluie diluvienne. La nuit à 5 heures. Et froid. 12 degrés à tout casser. Les pieds dans la boue.

21 octobre 2006

Petit matin glacial et gris. Pluie. Et spectacle dans une maison de réinsertion d'enfants de rues. Ils envoient quelqu'un me chercher à 11 heures. Je file m'acheter des chaussures. La pluie a achevé mes scandales. Mes scandales sont mortes. Dix magazins d'affilée. Taille maximum 42. Y me faut du 43. Il va être 11 heures, je rentre a l'hôtel. Je suis toujours dans mes scandales. Je marche avec des méduses aux pieds. Je prépare tout ce dont j'aurai besoin pour le spectacle. J'attends la traditionnelle petite bagnole pourrie qui viendra me ceuillir. Je ricane déjà en l'imaginant.

Onze heures et demie, un type arrive à moto sous la pluie. C'est lui. C'est le chauffeur. C'est le véhicule. Ils sont fous. Ils veulent me tuer. Il n'ont donc pas de petite voiture pourrie ? Pour ma part je n'ai que 2 T shirts. J'enfile ma veste de smoking par dessus. Allons y puisqu'il le faut. On y va. Cinq minutes et je suis trempé. J'ai froid...."C'est encore loin ?" "Quoi" "Je dis : c'est encore loin ?" "35 minutes" Oh non. Je claque des dents en smoking sous la pluie. A moto. Dans Katmandu.

Par 3 fois nous serons coincés dans des embouteillages. Et là, miracle, un poids lourd nous balance son pot d'échapement droit dans la tronche. Fumée noire, épaisse, toxique et CHAUDE. Merci, o merci...

On arrive. 40 minutes en effet. Ils devront s'y mettre a 2 pour me faire descendre de la moto. Et les gosses qui sont là, trépignants. Je tords mon smoking. Il en sort un fleuve noir comme la peau de Kali la déesse du Temps. Je le réenfile et le spectacle commence. Et le spectacle glisse comme dans un rêve dans cette pièce en ciment cru pleine de gosses qui rient. Je les écoute je les regarde. C'est un rire qui vient de loin, qui m'enveloppe et glisse au delà. Je suis acceuilli par leurs rires. C'est comme un nid. Je n'ai plus froid.

Après le spectacle on discute 2 ou 3 heures. "Where do you from ? Belgium ? Nice country." Je leur apprends des tours de cartes. Ils sont magnifiques.

Il ne pleut plus. On me ramène. Déjà 4 heures. Il faut que j'achète des godasses, que je mange, que je me sèche... Mais je n'y arriverai pas. Je n'arriverai à rien : je vais être englouti par la rue. Aujourd'hui c'est le troisieme jour de Diwali, le festival des lumières. Une semaine de liesse. Ce soir c'est la nuit de Laxmi, la déesse de la fortune. Elle arrive. Pour l'acceuillir, des bougies partout. La ville en effervescence. Cohue insensée. Des cohortes de vendeurs de rues. Ils tendent une feuille de plastique sur la boue, s'assoient dessus. S'entourent de leurs marchandises : des bougies, de l'encens, des posters de Laxmi, des guirlandes, des poudres de couleurs, des friandises, des fleurs, des fruits... Dans le dédale des ruelles basses des gamines dansent. Pieds nus. Bracelets d'argent et clochettes aux chevilles. Chevelures noires tirées en arrière. Paupières chargées de kool. Elles dansent pour Laxmi. A chaque pas elles ont ce dehanchement souple qui dissout les dragons. qui envoute, qui EST la divinité. Ce soir, les plus belles pour aller danser. Je n'ai plus ni faim ni froid. Je me mets a aimer mes mortes scandales et mes ennemis. Pour peu j'aimerais aussi mes amis, c'est la nuit de Laxmi. 

25 octobre 2006

Depuis une bonne semaine un taureau énorme campe dans les ordures le long de la route principale. Une noire montagne cornue. Il broute les ordures. Puis il s'avachie au milieu de la rue. On tente de le contourner, on le contourne, on passe comme on peut, on passe...Il est pacifique comme le Dalai Lama. Il rumine le destin de ses frères espagnols. Il compatit. C'est un monstre de compassion. Peut être est-ce un Bouddha ?

Par Sylvain sluys - Publié dans : allumeurdetoiles
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Jeudi 19 octobre 2006 4 19 /10 /Oct /2006 14:25

11 et 12 octobre 2006

Tout s'est passé vite. J'ai pris contact avec un mec. Je ne sais plus qui m 'a refilé son contact. Un " social worker " comme y disent ici. Nous dirions un éduc. Il s'occupe d'enfants abandonnés, de gosses de rues. Comme tous les éducs . C'est un boulot d'avenir. Le filon des enfants largués est intarissable. Et voila que sur ces nouveaux clochards tombe une manne céleste : sponsors et subventions. Européens. Quelque fois américains. Un peu Said Baba. Comme si ces enfants perdus avaient soudain la faveur des dieux. Il y a 4 ou 5 homes à 50 kms de Katmandu. Vers Banuti. A la campagne. C'est là qu'il bosse. Je lui téléphone. Je dis comme toujours, comme chaque fois : un spectacle de magie, gratuit, oui, ou plusieurs si vous voulez, c'est le même prix c'est à dire gratuit. Oui, gratuit ca veut dire sans payer.....Y me dit : je viens te chercher demain à moto. Je dis oui. Le bizness, dès qu'on en évacue la question d'argent, ça devient nettement plus facile. Il me dit d'autres choses mais je ne comprends pas un traitre mot.

Le lendemain matin il arrive. Sur une mob. Sangay il s'appelle. Il parle 3 mots d'incompréhensible anglais. Il me faut un moment pour comprendre que c'est de l'anglais. Mon anglais semble lui faire le même effet J'ai tout mon matériel dans un petit sac à dos. La mobillette pétarade. On est parti. D'abord traversée de Katmandu. C'est une version violente des autos tamponeuses. Puis l'Arniko Highway, l'autoroute du Tibet. Qui est une infame route saturée de trous de poids lourds, de vaches...Puis on la quitte et on attaque les collines. Au troisieme virage c'est deja une Asie sans âge : les rizières, les bosquets de bambou, les femmes en sari dans les champs, les buffles, un mort sur le bûcher, les singes, les petites bagnoles indiennes ruinées et qui klaxonnent comme des agneaux qu'on egorge...

Et on arrive. Premier home. Une chouette maison traditionnelle en plein champs. Plantée au milieu de buissons de canabis. Deux mètres cinquante de haut, cinq mètres d'épaisseur. On peut jouer Tarzan dedans. On s'assied à leurs pieds. On prend le thé. Je hume le parfum du canabis, suave comme du Chanel 5. Au bout d'un moment qui a peut être été long, je ne suis pas sûr, je ne sais plus qui je suis. Ni ce que je fais là. Et où suis je au juste ?....Soudain je me souviens que le type face a moi c'est Sangay et qu'il essaie de me dire quelque chose que je ne comprends pas. Je lui demande de reprendre. Lui non plus n'a pas l'air de bien comprendre. Puis il a l'air decouragé. Peut être parle-t-il depuis des heures ? Mais il reprend. J'essaie de me concentrer. Seigneur que ces oiseaux se taisent, je suis envouté par leurs chants. Ce doit etre des sirènes ou des Gandharvas, les musiciens célestes. Je me prends la tête dans les mains et me concentre. Je finis par comprendre : il y a une cinquantaine d'enfants dans ce home. Ils vont à 4 écoles différentes. Aussi Sangay a proposé le spectacle aux 4 écoles. Comme ça tous les enfants du home l'auront vu. Et tous les enfants du village. Et tous les enfants de tous les villages aux alentours. Il est épatant ce Sangay. Un vrai social worker. Et combien d'élèves y a-t-il par école ? Entre 400 et 600...Ah, oui, quand même..Et quand y va-t-on ? Deux écoles aujourd'hui, deux demain...Ah bon, tant que ca ?...

Du reste il est temps de se rendre a la premiere école dit il. Donc on y va....

L'école. Une grande batisse de ciment nu. Interieur et exterieur. Petites classes humides et surpeuplées. Cour de terre rouge. Cinq cents enfants frénétiques dès que je pose un pied dans la poussière de l'école. On est reçu dans le local des profs. le thé, les biscuits de bienvenue et les instits, hommes et femmes. Eux je les ai rencontrés partout, au Vietnam, au Cambodge, au Laos, ici....Ces instits jeunes, émerveillés par ma présence alors que je n'ai encore rien fait. Toujours dans des écoles delabrées.

Comme il fait beau on va faire ça dehors. Les enfants dévallent les escaliers aux marches manquantes, se ruent dans la cour, soulèvent une poussiere d'enfer. Il y en a partout. Dans mes pieds, dans mon dos. Des enfants. De la poussière aussi. 500 enfants qui se bousculent et se piétinent, quelle ambiance. Ca va chauffer. Ca chauffe deja. J'ai le soleil droit sur la tête. Une heure entiere dans ce chaudron. Avec eux. Comme seul au monde. Incroyable. C'est comme un miracle qui se répète chaque fois. Je suis un peu en état second. Je me dis, ca y est, c'est fait. Toute ma vie était tendue vers ce moment. C'était la Grande Rencontre. Elle a eu lieu. C'est fait. Je vais glisser vers le nirvana sur un tobogan sans fin. Mais avant je prendrais bien une tasse de thé dis-je en m'épongant avec ma chemise trempée. Sangay me tapote amicalement l'épaule : "

           

                                                                 

"now second school " Et le thé ??? " after show. Later ". Thé et nirvana posposés. Foutus travailleurs sociaux. En route pour la seconde école. Même plan. Même scénario. Sans relâche. Sans répis. Sans merci. M'eut on fait un coup pareil en Europe, je m'eus drapé dans ma dignité. J'eusse fait un esclandre. Entoné le couplet de la dignité de l'artiste. Ici j'accepte tout. Il me semble que je peux faire ça sans fin. Ca ne me fatigue pas. Ca me fait vivre...." Combien sont ils dans cette ecole ? " 600. Et en effet les voilà. Toujours sous le soleil, toujours des enfants jusque dans les pieds, toujours des conditions impossibles. Et c'est tout simple. Et ça fonctionne du tonnerre. Et je suis touché par la grace...

Et puis il est 6 heures et c'est la nuit. Je me retrouve dans le seul hôtel du coin, chambre de 2 mètres sur 3 et un néon qui clignotte pour éclairage. Il fait doux. Il y a des arbres, des oiseaux, de l'encens, des dieux, des esprits, des moustiques, je flotte encore un peu et à part 2 ou 3 tasses éparses de thé je n'ai rien avalé. J'affronte donc la nuit et ce village inconnu. Je sors. Aussitôt je suis seul dans les rues d'un village médiéval. Tout, les rues, les maisons, les étables, les odeurs, les bottes de foin, le grain en tas devant les portes et au milieu des places...De loin en loin la sonnerie sacrilège d'un portable. Et puis la grand' rue. Presque tout est fermé. Juste une grande gargotte " the-samosas ". J'y vais. Des gamins dans la rue me crient " Djadhu, djadhu " et me suivent dans la gargotte. Là, la nouvelle fait sensation. Tous me regardent, posent des questions aux enfants qui expliquent avec force gestes. Des élèves d'une des écoles de l'après midi. Ceux qui semblent le plus ébahis sont les gosses qui travaillent ici. Eux ne vont pas à l'ecole. Ils seront les seuls à n'avoir pas vu le spectacle. Je ne sais plus si je me suis dis : Oh mon dieu, non...O Shiva, que ca s'arrête...Shiva méditait assis sur sa peau de bête quelque part dans l'Himalaya. Que pouvais je faire ????

J'ai donné un petit spectacle là, vite fait...  

Par Sylvain sluys - Publié dans : allumeurdetoiles
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